C’est un séisme politique qui secoue Dakar. En l’espace de quelques jours, le paysage institutionnel sénégalais a été profondément reconfiguré. Dimanche 24 mai, le président de l’Assemblée nationale El Malick Ndiaye a annoncé sa démission sur Facebook, invoquant un choix personnel guidé par l’intérêt supérieur de la nation. Une décision laconique, intervenue 48 heures seulement après le limogeage d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye.
La conséquence directe de ce départ est immédiate : la voie semble désormais ouverte pour qu’Ousmane Sonko accède à la présidence de l’Assemblée nationale et devienne ainsi le deuxième personnage de l’État. Le Pastef dispose d’une assise parlementaire écrasante, avec 130 sièges sur 165 issus des législatives de novembre 2024. Les députés sont convoqués en séance plénière ce mardi matin pour statuer sur la réintégration parlementaire de l’ancien Premier ministre ; condition préalable à toute candidature au perchoir ; et désigner le successeur d’El Malick Ndiaye.
Derrière cette recomposition institutionnelle se dessine la fracture définitive entre deux hommes qui incarnaient ensemble, il y a à peine un an, l’espoir d’un Sénégal nouveau. Arrivés au pouvoir en avril 2024 sur les promesses d’une rupture politique radicale et d’une lutte sans concession contre la corruption, Faye et Sonko ont progressivement affiché des divergences de plus en plus profondes. Avant son éviction, Sonko avait publiquement reproché au chef de l’État un manque de leadership et un abandon face à ses adversaires.
Son renvoi est survenu dans un contexte particulièrement tendu. Quelques heures avant sa révocation, l’ancien Premier ministre avait tenu des propos virulents contre ce qu’il décrivait comme des pressions occidentales visant à imposer l’homosexualité aux nations africaines, en réaction au durcissement de la législation sénégalaise sur les relations entre personnes de même sexe.
Sur le plan institutionnel, le président Faye se retrouve désormais dans une position délicate. Il doit nommer un nouveau Premier ministre dans les plus brefs délais, lequel devra obtenir l’aval de l’Assemblée nationale dans un délai maximal de trois mois. Autre contrainte de taille : la Constitution lui interdit de dissoudre le Parlement avant novembre prochain. Un calendrier serré, dans un contexte où l’équilibre des pouvoirs vient d’être profondément bouleversé.











