Ipembe, Singida, au cœur de la Tanzanie, 8 mai 1975. Dans une maison modeste de sable et de boue, un nouveau-né manque de ne jamais voir le jour : le cordon ombilical enroulé autour de son cou menace de l’étouffer avant même son premier souffle. Il survit. Personne, ce jour-là, n’imagine que cet enfant deviendra un jour l’un des hommes les plus riches du continent africain.
Son nom : Mohamed Gulamabbas Dewji. Le monde le connaîtra plus tard sous un surnom simple et chaleureux : Mo.
Une enfance nourrie de travail et de discipline
À l’époque, la famille Dewji ne roule pas sur l’or. Le grand-père a commencé en vendant du sucre au détail dans les années 1970 ; le père, Gulamabbas, reprend le flambeau et bâtit peu à peu une petite activité commerciale. Rien n’est acquis, tout se gagne. Et c’est cette leçon-là, plus que n’importe quel héritage, que le jeune Mo retient : la réussite n’est jamais un cadeau. Elle se construit, jour après jour, à force de discipline et de persévérance.
Après ses études secondaires en Tanzanie, il s’envole pour les États-Unis et intègre la prestigieuse Université de Georgetown, où il décroche un diplôme en commerce international et en finance en 1998. La plupart des jeunes talents formés dans ces universités américaines choisissent d’y rester, séduits par les opportunités occidentales. Mo, lui, fait un choix à contre-courant : il rentre en Tanzanie.
De 30 millions à plus d’un milliard de dollars
À 24 ans à peine, il rejoint l’entreprise familiale, Mohammed Enterprises Tanzania Limited (MeTL), une société de négoce modeste valorisée à l’époque autour de 30 millions de dollars. Il en prend rapidement les rênes, animé d’une ambition qui dépasse largement le cadre familial : faire de MeTL un groupe capable de rivaliser avec les plus grands conglomérats du continent.
Pendant que d’autres investisseurs hésitent, lui fonce. Lorsque le gouvernement tanzanien privatise plusieurs entreprises publiques exsangues, la plupart des observateurs n’y voient que des actifs à problèmes. Mo Dewji, lui, y voit des opportunités en devenir. Il rachète, réorganise, redresse et transforme ces coquilles vides en filiales rentables.
Le résultat dépasse toutes les attentes : sous sa direction, le chiffre d’affaires de MeTL explose, passant d’environ 30 millions à plus de 2 milliards de dollars aujourd’hui. Le groupe se déploie dans l’agriculture, l’industrie textile, les télécommunications, la finance, la logistique, l’immobilier et l’agroalimentaire, avec des marques devenues incontournables en Afrique de l’Est. MeTL opère désormais dans une dizaine de pays africains, emploie plus de 24 000 personnes et représente à lui seul plus de 3 % du PIB tanzanien.
Le visage d’un continent qui gagne
Cette ascension fulgurante fait de lui, en 2013, le premier Tanzanien à faire la couverture du magazine Forbes ; un honneur qu’il obtiendra à trois reprises. Il devient également, pendant plusieurs années consécutives, le plus jeune milliardaire d’Afrique, et Forbes Africa le sacre « Personnalité de l’année » en 2015.
Mais ce qui distingue véritablement Mo Dewji, c’est sa conviction que la richesse s’accompagne d’un devoir de partage. En 2014, il crée la Fondation Mo Dewji, engagée dans l’éducation, la santé et le développement des jeunes. Il rejoint aussi le Giving Pledge, cette initiative mondiale par laquelle les plus grandes fortunes de la planète s’engagent à reverser plus de la moitié de leur patrimoine à des causes philanthropiques. Il en est le premier signataire tanzanien, et l’un des trois seuls Africains à ce jour.

L’épreuve qui n’a pas eu raison de lui
En 2018, le destin de Mo Dewji bascule brutalement : il est enlevé devant une salle de sport de Dar es Salaam. Pendant neuf jours, toute la Tanzanie ; et une bonne partie de l’Afrique ; retient son souffle. Il est finalement libéré sain et sauf. Beaucoup, à sa place, auraient pris leurs distances avec la vie publique. Lui choisit l’inverse : il reprend ses activités avec la même détermination, convaincu qu’aucune épreuve ne doit interrompre une mission.
Aujourd’hui, Mohamed « Mo » Dewji est bien plus qu’un homme d’affaires prospère. Il incarne la preuve vivante qu’on peut bâtir un empire tout en restant fidèle à son pays, à ses valeurs et à sa responsabilité envers les autres.
Le succès ne consiste pas à hériter d’une entreprise. Le véritable succès, c’est avoir la vision, le courage et la discipline nécessaires pour la faire grandir, créer des milliers d’emplois et transformer positivement la vie des autres.
G. Patrik









