Aucune fortune familiale; aucun réseau politique; aucun investisseur prêt à parier sur lui. Il n’avait pour seule arme qu’une détermination à toute épreuve ; et c’est avec elle que Strive Masiyiwa a bâti l’un des plus grands empires technologiques d’Afrique. Aujourd’hui cité parmi les entrepreneurs les plus influents du continent, ce milliardaire zimbabwéen a prouvé qu’un Africain pouvait non seulement fonder un géant mondial des télécommunications, mais aussi transformer sa réussite personnelle en levier de développement collectif.
Un enfant porté par le rêve d’un avenir meilleur
Strive Masiyiwa naît le 29 janvier 1961 en Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, dans un contexte de bouleversements politiques qui secouent toute l’Afrique australe. À peine sept ans , sa famille quitte le pays pour s’installer en Zambie. Son père travaille dans l’administration ; sa mère, elle, est entrepreneure ; c’est auprès d’elle qu’il apprend tôt les valeurs du travail, de l’autonomie et de la persévérance.
Ses parents l’envoient ensuite poursuivre ses études en Écosse. Loin de son continent, le jeune homme nourrit déjà une ambition précise : acquérir les compétences nécessaires pour participer un jour au développement de son pays. Il obtiendra un diplôme d’ingénieur en génie électrique à l’Université du Pays de Galles, socle de tout ce qui suivra.
Le retour au pays et le premier grand pari
En 1984, après dix-sept ans à l’étranger, Strive Masiyiwa rentre dans un Zimbabwe jeune et porté par l’espoir de l’indépendance. Comme beaucoup de diplômés de sa génération, il veut participer à la reconstruction du pays et intègre la compagnie nationale des télécommunications. Mais il comprend vite que son avenir ne se jouera pas derrière un bureau.
Avec seulement 75 dollars économisés chaque mois sur son salaire, il monte sa propre entreprise d’ingénierie électrique. Les débuts sont modestes; rien n’indique encore que cet entrepreneur en herbe deviendra l’une des plus grandes fortunes du continent.
La bataille qui a tout changé
Au début des années 1990, l’entrepreneur perçoit le potentiel révolutionnaire de la téléphonie mobile. Mais à l’époque, l’État zimbabwéen contrôle entièrement le secteur des télécommunications. Convaincu que le mobile peut transformer le quotidien de millions d’Africains, il demande une licence pour lancer son propre réseau.
La réponse est sans appel : le gouvernement refuse.
Beaucoup auraient renoncé. Lui choisit de se battre. S’ouvre alors une bataille judiciaire de cinq ans, pendant laquelle son entreprise s’épuise financièrement et son avenir vacille. Il tient bon. La Cour constitutionnelle du Zimbabwe finit par lui donner raison ; une décision historique qui met fin au monopole d’État et ouvre le secteur à la concurrence. Ce qui ressemblait à un combat perdu d’avance devient le point de départ de son ascension.
Econet : connecter des millions d’Africains
Fort de cette victoire judiciaire, Strive Masiyiwa lance Econet Wireless. Le premier abonné est connecté au réseau en 1998. La croissance est immédiate : des millions de personnes, jusque-là privées de tout moyen de communication moderne, accèdent enfin au téléphone mobile.
L’entreprise dépasse rapidement les frontières zimbabwéennes pour devenir un acteur majeur des télécommunications africaines, investissant dans des infrastructures stratégiques qui accompagnent la révolution numérique du continent. Pour des millions d’Africains, communiquer, faire des affaires ou simplement rester en lien avec leurs proches devient, pour la première fois, une réalité accessible.

Bâtir un empire technologique à l’échelle du continent
L’aventure ne s’arrête pas à la téléphonie mobile. Au fil des décennies, l’entrepreneur construit un groupe technologique présent en Afrique, en Europe, aux États-Unis, au Moyen-Orient et en Amérique latine. Sa réalisation la plus marquante reste sans doute Liquid Intelligent Technologies, aujourd’hui l’un des plus importants réseaux de fibre optique du continent : plus de 100 000 kilomètres de câbles déployés, reliant le Cap au Caire et contribuant à réduire la fracture numérique africaine.
Plus récemment, via Cassava Technologies, il investit massivement dans les centres de données, le cloud, la cybersécurité et l’intelligence artificielle ; déterminé à ce que l’Afrique ne reste pas simple spectatrice de la nouvelle révolution technologique mondiale, mais en devienne un acteur à part entière.
Un milliardaire au service de l’humain
Ce qui distingue Strive Masiyiwa de nombreux chefs d’entreprise, c’est sa volonté affirmée de redistribuer sa réussite. Avec son épouse Tsitsi, il fonde la Higherlife Foundation, devenue l’un des plus importants programmes éducatifs du continent : plus de 400 000 jeunes Africains en ont bénéficié sous forme de soutien scolaire ou universitaire.
Le couple finance également la lutte contre le VIH/SIDA, Ebola, la malnutrition et la COVID-19 sur le continent. Lors de l’épidémie de choléra au Zimbabwe, ils mobilisent des dizaines de millions de dollars pour soutenir les populations et renforcer les systèmes de santé locaux. Pour eux, la réussite n’a de sens que si elle change concrètement la vie des autres.
Une voix qui pèse au-delà des affaires
Strive Masiyiwa est aujourd’hui une voix respectée sur les questions de développement africain, collaborant avec l’Union africaine, les Nations unies, des gouvernements et de grandes fondations internationales. Son expertise est sollicitée sur des sujets aussi variés que la technologie, l’agriculture, l’éducation, la sécurité alimentaire ou l’entrepreneuriat. Sa fortune se chiffre aujourd’hui en milliards de dollars ; mais son véritable héritage tient surtout aux opportunités qu’il a créées pour des millions d’Africains.

Ce que cette trajectoire nous enseigne
- Un obstacle peut devenir un point de départ.
- La persévérance reste souvent la clé des plus grandes victoires.
- Une idée simple, bien défendue, peut transformer tout un continent.
- L’éducation demeure le meilleur investissement à long terme.
- La réussite ne prend tout son sens que lorsqu’elle sert les autres.
Parti avec quelques dollars économisés sur un salaire d’ingénieur, Strive Masiyiwa a bâti un empire technologique mondial, contribué à connecter l’Afrique au reste du monde, et investi massivement dans l’avenir de sa jeunesse. Son parcours rappelle une vérité simple : aucun rêve n’est trop grand lorsqu’il est porté par le courage, le travail et la persévérance. Car les plus grandes révolutions commencent souvent par une seule personne qui refuse d’abandonner.
G. Patrik











