Les autorités nigériennes donnent 45 jours à la CNPC, à WAPCO et à la SORAZ pour remédier aux manquements relevés dans leur partenariat pétrolier avec la Chine. Annoncée le 13 octobre 2026, cette décision intervient après plusieurs mois de tensions autour de la gestion des revenus pétroliers, de l’emploi local et de l’approvisionnement en carburant.
À l’issue d’une rencontre avec les trois sociétés, le comité de négociation, présidé par le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a fait état de manquements concernant les 45 engagements prévus dans le protocole signé en mai 2026.
Le principal point de désaccord concerne le rapatriement des recettes d’exportation. D’après le comité, plus de 3 000 milliards de francs CFA n’auraient pas été rapatriés depuis le début des ventes de brut. Sur deux ans, seuls 105 milliards de francs CFA auraient été reversés, correspondant au reliquat dû à l’État après le remboursement, en 2024, d’un prêt de 400 millions de dollars. Pour cette opération, le Niger avait affecté 80 % de ses recettes au remboursement. Le comité estime désormais que les entreprises doivent respecter les obligations communautaires applicables au rapatriement des fonds.
L’emploi local constitue un autre sujet de mécontentement. Les sociétés devaient mettre en place, dès la signature du protocole, un programme de recrutement sur quatre ans afin de remplacer progressivement les travailleurs expatriés. Or, selon le comité, aucune avancée n’a été enregistrée, alors que 558 expatriés travaillent sur les sites exploités par la CNPC. Le comité déplore également l’absence de certification indépendante des réserves pétrolières du bloc d’Agadem depuis 2008.

Les difficultés de production de la raffinerie de Zinder sont aussi évoquées parmi les facteurs contribuant aux tensions sur l’approvisionnement en carburant. Sa production actuelle est estimée à 15 000 barils par jour, contre une capacité nominale de 20 000 barils.
Dans les 45 jours impartis, la CNPC, WAPCO et la SORAZ devront fournir des états corrigés sur les recettes rapatriées, présenter leurs plans de nigérianisation des emplois, lancer les recrutements et engager des audits des ressources humaines. Elles devront également participer à la certification indépendante des réserves et mettre en œuvre la solution proposée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) concernant le rapatriement des recettes.
Cet ultimatum s’inscrit dans un bras de fer engagé depuis 2025. En mars de cette année-là, les autorités militaires avaient ordonné aux dirigeants des trois sociétés de quitter le Niger sous 48 heures, leur reprochant de ne pas respecter les règles relatives au contenu local. Un comité de négociation avait ensuite été créé par décret présidentiel le 29 juillet 2025. Après près d’un an de discussions, un protocole a été signé le 18 mai 2026. L’accord prévoit notamment une participation de principe de 45 % de l’État nigérien dans WAPCO et une baisse du tarif de transport du pétrole par pipeline vers le Bénin, passé de 27 à 15 dollars le baril. Présente dans le bloc d’Agadem depuis 2011, la CNPC reste un acteur majeur de la production pétrolière du pays.

Parallèlement, un autre dossier suscite des inquiétudes : depuis le 25 septembre 2026, du pétrole brut et du gaz s’échappent du puits Goumeri W8, dans le bloc d’Agadem exploité par la CNPC. Le ministère nigérien du Pétrole qualifie l’incident d’une gravité « exceptionnelle ». Une enquête est en cours afin d’en déterminer les causes et d’établir les responsabilités.
Les 45 prochains jours seront donc déterminants pour l’avenir du partenariat pétrolier entre le Niger et les entreprises chinoises, alors que Niamey réclame davantage de transparence financière, de retombées économiques et de respect de ses exigences nationales.











