Au cœur de l’histoire et de la mémoire collective du Burkina Faso se dresse la figure d’une femme exceptionnelle : Princesse Yennenga.
Guerrière redoutable, cavalière hors pair et femme de caractère, Yennenga est bien plus qu’un personnage de légende. Elle est considérée comme la mère fondatrice du peuple mossi, dont l’influence marque encore profondément la culture et l’identité du Burkina Faso.
Son histoire, transmise de génération en génération par la tradition orale, raconte le destin extraordinaire d’une princesse qui osa défier les conventions de son époque et qui, par son courage, donna naissance à l’un des peuples les plus importants d’Afrique de l’Ouest.
Une histoire née de la tradition orale
L’histoire de Yennenga ne provient pas d’archives écrites mais de la tradition orale des Mossis, transmise par les griots et les différentes castes de la société.
Chaque catégorie sociale possède sa manière de raconter cette épopée :
- les tambourinaires des chefs, gardiens de la mémoire royale ;
- les chefs de terre, à travers les récits monarchiques appelés récits nakomsé ;
- et la caste des forgerons, dépositaire d’une autre version de la tradition.
Ainsi, plusieurs variantes existent, mais toutes convergent vers une même vérité : Yennenga est à l’origine de la naissance du peuple mossi.
Une princesse née pour gouverner
Connue à sa naissance sous le nom de Poko, la princesse serait née entre le XIᵉ et le XVᵉ siècle dans la ville de Gambaga, dans l’actuel Ghana. Elle était la fille du roi Nedega Kola, souverain du puissant Royaume Dagomba, et de la reine Napoko. À cette époque, son père dirigeait un royaume prospère, protégé par une cavalerie réputée redoutable qui repoussait les attaques des royaumes voisins. Yennenga était le premier enfant du roi. Bien que celui-ci espérât un héritier masculin, il développa pour sa fille une affection particulière. Elle lui ressemblait par son tempérament fort, son courage et son sens du commandement.
La naissance d’une amazone
Très jeune, la princesse développa une passion pour les chevaux. Mais dans la société de l’époque, monter à cheval et participer à la guerre était réservé aux hommes. Refusant cette limite, la jeune fille manifesta un tempérament rebelle et déterminé. Touché par la détermination de sa fille, le roi finit par lui accorder ce privilège. Yennenga apprit alors à monter à cheval, à manier les armes et à participer aux expéditions militaires. Très rapidement, elle devint une cavalière exceptionnelle et une guerrière redoutée. Elle accompagnait son père dans ses campagnes militaires et dirigeait même la cavalerie royale.
Son courage était tel que les guerriers eux-mêmes reconnaissaient son talent.
Une princesse prisonnière de son destin
Malgré ses exploits militaires, la vie de Yennenga restait marquée par une frustration profonde. Le roi, fier de sa fille et dépendant de ses talents militaires, refusait catégoriquement de la marier. De nombreux prétendants issus de grandes familles royales demandaient sa main, mais le roi les rejetait tous. Cette situation attristait la reine Napoko et plongeait la princesse dans une grande solitude.
Un jour, pour exprimer sa souffrance, Yennenga sema un champ de gombo, le laissa pousser puis pourrir sans le récolter. Lorsque son père lui demanda pourquoi elle avait laissé le champ se perdre, elle répondit : « Mon père, vous me laissez dépérir comme dépérit ce champ de gombo. » Furieux de cette réponse, le roi l’aurait fait enfermer.Mais la princesse ne comptait pas accepter ce destin.

La fuite qui changea l’histoire
Une nuit, Yennenga réussit à s’échapper de sa prison. Elle se rendit à l’écurie royale, monta son cheval préféré ; un étalon blanc ; et quitta le royaume au galop. Toute la nuit, elle chevaucha à travers les plaines et les forêts, jusqu’à se perdre dans une région éloignée habitée par les Bissas. Une autre version raconte que son cheval se serait emballé après une bataille et l’aurait conduit loin de son royaume. Quoi qu’il en soit, cette fuite allait changer le cours de l’histoire.
La rencontre décisive
Dans cette région isolée, la princesse trouva refuge chez un jeune chasseur nommé Rialé. Lorsqu’il la vit pour la première fois, Rialé pensa qu’il s’agissait d’un jeune homme, car il n’avait jamais vu une femme chevaucher. Après avoir découvert leur identité respective; une princesse amazone et un chasseur de sang princier; les deux jeunes gens se rapprochèrent rapidement. Tous deux avaient fui leur destin.
De leur union naquit un fils nommé Ouedraogo, ce qui signifie « cheval mâle » ou « étalon », en hommage au cheval qui avait guidé la princesse vers le chasseur.
La naissance d’un peuple
Le jeune Ouedraogo grandit en héritant des qualités de ses parents : courage, intelligence et leadership. Plus tard, Yennenga décida de l’envoyer rencontrer son grand-père à Gambaga afin de rétablir la paix entre les deux familles. Touché par cette visite inattendue, le roi pardonna à sa fille et offrit à son petit-fils des guerriers, du bétail et des serviteurs pour fonder un royaume.
Lorsque Rialé vit son fils revenir avec cette troupe, il s’écria :« Je suis venu seul dans ce pays. Maintenant j’ai une femme et j’aurai beaucoup d’hommes. »
Le village qu’ils fondèrent fut appelé Morosi, signifiant « beaucoup d’hommes », un nom qui deviendra plus tard Mossi. Ainsi naquit le peuple mossi. Ouedraogo devint le premier souverain, installant sa capitale à Tenkodogo, appelée « la vieille terre ».
Un héritage qui traverse les siècles
Aujourd’hui encore, l’héritage de Yennenga est profondément présent dans la société burkinabè. Le nom Ouédraogo, issu de son fils, est l’un des patronymes les plus répandus chez les Mossis. Son symbole, l’étalon, figure également sur les armoiries nationales du Burkina Faso. Dans le domaine du sport, les athlètes du pays sont surnommés les Étalons.
Dans le monde du cinéma africain, la plus haute récompense du FESPACO porte son nom : l’Étalon de Yennenga, symbole d’excellence artistique. Des clubs de football comme ASFA Yennenga perpétuent également sa mémoire.
Dans l’art burkinabè, elle est souvent représentée sur son cheval cabré, lance à la main, poussant un cri de guerre.

La femme qui changea l’histoire
Yennenga n’est pas seulement une héroïne de légende. Elle incarne le courage, la liberté et la capacité d’une femme à transformer l’histoire. À travers son fils et la civilisation qu’elle a inspirée, son héritage se perpétue encore aujourd’hui dans tout le Burkina Faso.
En ce mois dédié aux femmes, son histoire rappelle une vérité essentielle :
- les femmes africaines ont toujours été des bâtisseuses de peuples, des leaders et des sources d’inspiration pour les générations futures.
- Et parmi elles, la princesse Yennenga demeure l’une des plus grandes figures de l’histoire africaine.
G. Patrik











