Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement de près de 11 millions de personnes. Parmi les exactions qui marquent ce conflit, les violences sexuelles occupent une place centrale, touchant en priorité les femmes et les enfants.
La communauté internationale s’en alarme. Les Nations unies et la Cour pénale internationale (CPI) ont mis en garde contre des crimes de guerre et des attaques ciblées visant notamment les populations non arabes au Darfour. En janvier 2026, la CPI a évoqué à El-Fasher une campagne « organisée et calculée », caractérisée par des viols de masse et des exécutions, parfois filmées et revendiquées par leurs auteurs, dans un climat d’impunité quasi totale.
Face à cette situation, la ministre soudanaise des Affaires sociales, Sulaima Ishaq al-Khalifa, a dénoncé auprès de l’AFP l’usage de la violence sexuelle comme un véritable instrument de guerre. Ancienne militante des droits humains et psychologue de formation, elle affirme que ces crimes sont commis de manière systématique, principalement par les Forces de soutien rapide (FSR), en conflit avec l’armée régulière.
Selon elle, les agressions suivent des schémas bien définis selon les régions. À Khartoum et dans l’État de Jazeera, les mêmes types d’attaques se répètent, tandis qu’au Darfour, en particulier dans l’ancien Darfour, les violences sexuelles s’inscrivent dans une logique plus large de persécution ethnique, assimilable à un nettoyage ciblé des populations.
L’ampleur des atrocités est extrême. « Il n’y a aucune limite d’âge », souligne la ministre : des femmes âgées comme des nourrissons figurent parmi les victimes. Les agressions surviennent souvent lors d’attaques accompagnées de pillages et sont parfois commises sous les yeux des proches, ajoutant une dimension de terreur psychologique à la violence physique.
Ces crimes ne se limitent pas aux viols. Certaines femmes sont réduites à l’esclavage sexuel, d’autres sont victimes de trafic vers des pays voisins. Des mariages forcés sont également imposés afin de dissimuler les violences et d’éviter le stigmate social lié au « déshonneur ».
Si des abus ont été signalés dans les deux camps, Sulaima Ishaq insiste sur le caractère organisé des violences perpétrées par les FSR. D’après les témoignages recueillis auprès des survivantes, les agresseurs tenaient des propos profondément déshumanisants, qualifiant leurs victimes d’êtres inférieurs ou d’esclaves, allant jusqu’à prétendre que les agressions sexuelles constituaient une forme d’« honneur ».
Entre avril 2023 et octobre 2025, le ministère des Affaires sociales a documenté plus de 1 800 cas de viols. Un chiffre largement sous-estimé en raison de l’insécurité et de l’impossibilité d’accéder à certaines zones, notamment le Darfour occidental et le Kordofan. Le réseau militant SIHA estime que plus de 75 % des violences recensées sont des viols, dont 87 % attribués aux FSR.
La ministre évoque également la présence de combattants étrangers aux côtés des FSR, venus notamment d’Afrique de l’Ouest et de Libye. Dans un contexte d’effondrement des institutions et de forte stigmatisation sociale des victimes, la majorité de ces crimes restent impunis.
« Utiliser la violence sexuelle comme arme de guerre, c’est saper durablement le tissu social et prolonger indéfiniment le conflit », avertit Sulaima Ishaq, soulignant les conséquences profondes et durables de ces crimes sur la société soudanaise.











