
Les recettes traditionnelles burkinabè ont pris un nouveau visage, samedi dernier. À travers une compétition d’art culinaire initiée par la Fondation Revie et ses partenaires, des passionnés de cuisine ont rivalisé de créativité pour revisiter les mets du terroir. Objectif : préserver l’identité culinaire burkinabè tout en l’adaptant aux réalités et aux produits disponibles aujourd’hui.
Sous le hangar, les odeurs se mêlent aux couleurs et aux gestes précis des candidats. Les marmites mijotent, les assiettes se dressent et, derrière chaque préparation, se dessine une volonté de faire autrement, sans renier les racines.

Pour cette première étape, plusieurs candidats ont présenté des créations inspirées de grands classiques de la cuisine burkinabè. Du babenda revisité au poisson inspiré du kilichi, en passant par un sauté de feuilles de balanites au poisson d’eau douce, les propositions ont surpris par leur originalité.
« Nous devons revoir nos plats avec ce que nous avons aujourd’hui »
Pour Salam OUEDRAOGO, président de la Fondation Revie et initiateur de la compétition, la cuisine burkinabè doit évoluer avec son époque.

« Quand on parle aujourd’hui de plats burkinabè, on fait souvent référence à des plats ancestraux qui ont été conçus à une époque où nos ancêtres n’avaient pas accès à la diversité d’ingrédients dont nous disposons aujourd’hui », explique-t-il.
Selon lui, les recettes ont été conservées au fil des générations, notamment pour préserver le patrimoine culturel. Mais le contexte a changé.
« Nos grands-parents faisaient avec ce qu’ils avaient. Ils avaient le mil, les arachides, certaines feuilles, le beurre de karité, le sel et d’autres produits disponibles dans leur environnement. Ils n’avaient pas forcément le choix », rappelle-t-il.
Aujourd’hui, les Burkinabè disposent d’une plus grande diversité de produits, dont la tomate, la carotte, le moringa et bien d’autres, cultivés localement.
« Si nous voulons vraiment rester dans notre culture, nous devons revoir ces plats avec ce que les générations actuelles ont à leur disposition », soutient-il.

Pour le président de la Fondation Revie, cette démarche représente aussi une opportunité économique. Valoriser les produits locaux dans la cuisine, c’est également créer des débouchés pour les producteurs et contribuer à l’emploi.
L’ambition est donc de donner aux talents culinaires burkinabè un cadre d’expression. « Il y a de l’intelligence au Burkina Faso. Il y a du savoir-faire et des compétences », insiste-t-il.
Quand le kilichi devient « Kilifish »
Parmi les créations présentées, celle d’Anderson OUEDRAOGO, amateur culinaire, ne passe pas inaperçue. Le candidat s’est inspiré du kilichi, produit emblématique du Sahel, pour imaginer une version à base de poisson baptisée « Kilifish ».

« Beaucoup de personnes ne consomment pas de viande, mais aimeraient quand même manger du kilichi. J’ai donc voulu faire le kilichi à base de poisson », explique-t-il.
Pour sa préparation, il utilise notamment du poisson préalablement fileté et passé à la vapeur, du gingembre du curcument et de de la pâte d’arachide.
Au-delà de l’originalité, le candidat tient à mettre en avant les produits locaux. « Tous les ingrédients sont bio et produits chez nous, ici au Burkina Faso », précise-t-il.
Viviane ZOUNDI revisite le babenda

Autre proposition : celle de Viviane ZOUNDI, qui a choisi de travailler autour du babenda, l’un des plats emblématiques de la cuisine burkinabè.
Elle propose un babenda accompagné d’une huile épicée et de boulettes de viande.
À la base, le plat est préparé avec un mélange de feuilles, notamment l’amarante, l’oseille et les feuilles d’aubergines sauvages, auxquelles sont ajoutées de la poudre d’arachide et des céréales comme le riz, le maïs ou le mil.
Avec sa proposition, Viviane ZOUNDI conserve l’identité du babenda tout en lui donnant une présentation et des associations nouvelles.
Pascaline NIKIEMA, la doyenne, entre tradition et créativité

Fonctionnaire à la retraite et passionnée de mets traditionnels, Pascaline NIKIEMA, doyenne des candidats, est-elle aussi venue défendre son savoir-faire.
Elle propose un sauté de feuilles de balanites au poisson d’eau douce.
Son choix illustre l’esprit de la compétition : partir de produits et de recettes du patrimoine pour imaginer de nouvelles façons de les préparer et de les présenter.

Pour les organisateurs, cette première compétition n’est que le début d’une démarche appelée à s’inscrire dans la durée.
Chaque trimestre, un nouveau cycle sera organisé. Pour chaque édition, 24 candidats s’affronteront dans les différentes phases, des huitièmes de finale jusqu’à la finale. Les meilleurs seront distingués avant le lancement d’un nouveau cycle.
Au-delà de la compétition, l’ambition est de créer un véritable espace de recherche et d’innovation autour de la cuisine burkinabè.










