Elle s’appelait Nomzamo : « celle qui endure les épreuves ». Un prénom presque prophétique pour celle que le monde connaîtra sous le nom de Winnie Mandela.
Née le 26 septembre 1936 à Bizana, dans la province du Cap, morte le 2 avril 2018 à Johannesburg, Winnie Madikizela-Mandela fut l’une des figures les plus puissantes et les plus controversées de la lutte contre l’apartheid. Militante de l’African National Congress (ANC), présidente de la Ligue des femmes du parti entre 1993 et 1997, députée et vice-ministre dans le premier gouvernement post-apartheid, elle aura marqué l’histoire sud-africaine bien au-delà de son statut d’épouse de Nelson Mandela.
Car pendant que Mandela était emprisonné à Robben Island, c’est elle qui affrontait la brutalité du régime. C’est elle que le pouvoir blanc redoutait. C’est elle que les townships acclamaient.
Une jeunesse forgée par l’injustice
Winnie naît dans le Pondoland rural, dans ce qui deviendra le Transkei. Brillante et déterminée, elle travaille d’abord dans l’administration du bantoustan avant de s’installer à Johannesburg. Elle y obtient un diplôme de travailleur social à l’école Jan Hofmeyer, devenant l’une des premières assistantes sociales noires du pays. Plus tard, elle complétera sa formation par une licence en relations internationales à l’université du Witwatersrand.
Très tôt, elle est confrontée aux ravages sociaux de l’apartheid : pauvreté organisée, familles brisées, humiliations institutionnalisées. La politique n’est pas pour elle un choix idéologique, c’est une nécessité morale.
L’épouse d’un prisonnier… et la naissance d’un symbole
À 22 ans, elle rencontre Nelson Mandela, de dix-huit ans son aîné. Ils se marient en 1958 et auront deux filles, Zenani et Zindzi. Mais en 1964, à l’issue du procès de Rivonia, Mandela est condamné à la prison à perpétuité. Il est envoyé à Robben Island. Winnie n’a que 27 ans. Le régime pense avoir réduit la famille Mandela au silence. Il se trompe.
Alors que l’ANC est interdit, que ses leaders sont en prison ou en exil notamment Oliver Tambo à Londres; Winnie devient l’un des rares visages visibles de la résistance intérieure. Elle milite dans les townships, coordonne des réseaux, recrute, mobilise.
Le pouvoir riposte avec violence
En 1969, elle est arrêtée et détenue 491 jours à l’isolement. Torturée, brisée physiquement mais non moralement, elle est finalement acquittée. En 1974, elle est de nouveau emprisonnée. En 1977, elle est assignée à résidence à Brandfort, dans l’État libre d’Orange, à plus de 100 kilomètres de chez elle, isolée dans une région dont elle ne parle pas la langue. Là-bas, au lieu de se taire, elle ouvre une clinique et une crèche, transformant l’exil en espace de résistance.
“Mother of the Nation” : la radicalisation d’une icône
Les émeutes de Soweto en 1976 renforcent sa stature nationale. Dans les années 1980, alors que la campagne internationale « Free Mandela » prend de l’ampleur, Winnie devient la figure la plus visible de la lutte à l’intérieur du pays. Elle est surnommée « Mother of the Nation ». Mais son discours se radicalise. Le 13 avril 1985, à Munsieville, elle prononce ces mots restés célèbres : « Avec nos boîtes d’allumettes et nos pneus enflammés, nous libérerons ce pays. »
Cette référence au supplice du « pneu enflammé » choque, y compris au sein de l’ANC. Son image internationale se fissure. Son entourage, notamment le Mandela United Football Club, est impliqué dans des affaires graves, dont l’enlèvement et le meurtre du jeune Stompie Seipei Moketsi.
Condamnée en 1991 pour enlèvement, sa peine est réduite en appel. Devant la Commission vérité et réconciliation, son rôle exact continue de faire débat. Certaines accusations seront liées à des campagnes de désinformation menées par une unité gouvernementale appelée Stratcom, chargée de discréditer les opposants.
Winnie Mandela devient alors une figure paradoxale : héroïne pour les uns, symbole d’excès pour les autres.
La transition démocratique : divergences et séparation
En février 1990, Nelson Mandela est libéré. Le monde célèbre le couple, main dans la main. Mais derrière l’image, les fractures sont profondes. Winnie reproche à son mari d’avoir trop cédé dans les négociations avec le pouvoir blanc. Elle s’oppose à l’abandon des nationalisations et critique la Commission vérité et réconciliation, qu’elle juge trop conciliante. En avril 1992, Nelson Mandela annonce leur séparation. Le divorce est prononcé en 1996.
Winnie ne deviendra jamais Première dame. Elle reste cependant une figure politique majeure : présidente de la Ligue des femmes de l’ANC, députée, vice-ministre des Arts et de la Culture dans le gouvernement Mandela en 1994
Une voix critique dans l’Afrique du Sud post-apartheid
Même après la fin officielle de l’apartheid, Winnie demeure une conscience radicale. Elle critique la corruption au sein de l’ANC. Elle dénonce les inégalités persistantes, le chômage massif des jeunes, la pauvreté dans les townships.
En 2010, elle reproche à Nelson Mandela d’avoir partagé le prix Nobel de la paix avec Frederik de Klerk et estime que les Noirs sud-africains n’ont pas pleinement bénéficié de la transition. En 2013, elle déclare « Ce qui se passe contredit totalement ce pourquoi nous nous sommes battus. » Ses paroles dérangent, mais elles résonnent auprès des plus défavorisés.
Mort et héritage d’une femme indomptable
Winnie Madikizela-Mandela meurt le 2 avril 2018 à Johannesburg. Dix jours de deuil national sont décrétés. Des milliers de Sud-Africains lui rendent hommage au stade d’Orlando.
Elle laisse derrière elle un héritage complexe.
- Elle fut courageuse, combative, parfois excessive.
- Elle fut victime d’un système brutal, mais aussi actrice de décisions controversées.
- Elle fut aimée, critiquée, redoutée.
Pourquoi Winnie Mandela reste une Succès Stories africaine
- Parce qu’elle a tenu debout quand tout semblait perdu.
- Parce qu’elle a porté une lutte pendant que les leaders étaient en prison.
- Parce qu’elle a refusé la soumission, même au prix de sa réputation.
- Parce qu’elle a rappelé que la liberté politique sans justice sociale reste incomplète.
Winnie Mandela n’a pas été une héroïne parfaite. Elle a été une combattante. Et l’histoire de l’Afrique n’oublie jamais celles qui ont combattu.
G. Patrik











