Quatorze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye reste plongée dans une profonde instabilité politique. Le pays est toujours divisé entre deux pôles de pouvoir rivaux : le gouvernement d’unité nationale installé à Tripoli et reconnu par l’ONU, et une autorité concurrente basée à Benghazi, soutenue par le maréchal Khalifa Haftar.
C’est dans ce contexte tendu que Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen, a été tué le mardi 4 février à Zintan, dans l’ouest du pays. Âgé de 53 ans, il était longtemps apparu comme l’héritier politique de son père avant l’effondrement du régime en 2011.
Selon son avocat français, Marcel Ceccaldi, l’attaque a eu lieu aux environs de 14 heures locales, à son domicile. Un commando composé de quatre hommes armés aurait neutralisé les caméras de surveillance avant de pénétrer dans la résidence et d’y exécuter Saïf al-Islam, d’après des sources proches de son entourage.
Anciennement formé en Occident, Saïf al-Islam avait tenté, avant 2011, de se présenter comme un réformateur du régime. Cette image s’était toutefois effondrée lorsqu’il avait publiquement menacé les insurgés de « bains de sang » au début de la révolte populaire.
Recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité liés à la répression de 2011, il avait été arrêté la même année dans le sud de la Libye, puis détenu à Zintan. En 2015, il avait été condamné à mort à l’issue d’un procès largement critiqué, avant de bénéficier plus tard d’une amnistie. Depuis, sa localisation restait incertaine, son avocat affirmant qu’il changeait fréquemment de lieu de résidence en raison de failles sécuritaires signalées peu avant sa mort.
En 2021, Saïf al-Islam avait tenté un retour sur le devant de la scène politique en déposant sa candidature à l’élection présidentielle, misant sur le soutien des partisans de l’ancien régime. Un scrutin finalement annulé, sur fond de divisions persistantes.
Pour plusieurs observateurs, sa mort pourrait à la fois renforcer son image auprès de certains nostalgiques et écarter définitivement une figure controversée du jeu politique libyen. L’ancien porte-parole du régime, Moussa Ibrahim, a dénoncé un assassinat « perfide », estimant que Saïf al-Islam aspirait à « une Libye unie et souveraine ».
L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi s’inscrit ainsi dans un climat de violence politique durable, où les règlements de comptes continuent d’influencer l’avenir incertain du pays.











