Sidkeita dans un de ses éditos a interpelé quant à la collaboration entre les institutions financières et les porteurs de projets. Lors de cet édito justement, il avait soulevé un litige entre une banque au Burkina et une entreprise et avait ainsi demandé une justice équitable et juste.
Les autorités dans la quête de soutien à l’industrie locale le réaffirment sans cesse : « Produisons ce que nous consommons » pour citer le Père de la révolution le Capitaine Thomas Sankara. Mais derrière cette volonté de bâtir une économie endogène, quelle est la réalité de ceux qui osent franchir le pas de l’industrialisation ?
L’affaire de cette entreprise locale, aujourd’hui en conflit avec sa banque pour un projet d’importation de machines et de matières premières, lève le voile sur un système qui semble parfois conçu pour étouffer ceux qu’il est censé porter.
Le serpent qui se mord la queue
Imaginez ce scénario : une entreprise contracte un prêt pour passer à l’échelle industrielle. Un grain de sable ; un temps de validation de la commande après vérification des échantillons par le du fournisseur, indépendant de la volonté de l’emprunteur ; vient gripper la machine. Au lieu de faire preuve de flexibilité ou d’accorder un moratoire comme le voudrait une saine lecture du partenariat économique, la banque choisit la méthode forte.
Elle commence à « se servir » directement dans les fonds du prêt non encore utilisé pour rembourser les premières échéances. C’est l’image même du serpent qui se mord la queue : on assèche la ressource avant même qu’elle n’ait pu créer la richesse nécessaire à son propre remboursement. Comment peut-on exiger les fruits d’un arbre qu’on prive d’eau avant même qu’il ne soit planté ? Loin d’être juste un scénario, cette histoire est le vécu d’une entreprise locale qui tente de se faire une place selon la dynamique enclenchée par le président, son excellence le Capitaine Ibrahim Traoré.
Le spectre de la corruption judiciaire
Face à ce que l’entreprise considère comme une injustice flagrante, le dernier recours reste les tribunaux. La récente sortie du Korag, dénonçant des pratiques de corruption au sein de la magistrature et du barreau, jette un froid polaire sur l’espoir d’un procès équitable. Si les arbitres du jeu économique (les juges et les avocats) sont eux-mêmes suspectés de rouler pour le plus offrant, quel message envoyons-nous à nos champions nationaux ? Si le droit devient une marchandise que les institutions financières peuvent s’offrir, alors l’entrepreneuriat au Burkina Faso n’est plus une aventure économique, mais un sport de combat perdu d’avance.
Pour une justice au service du développement
Le cas de cette entreprise n’est pas qu’un simple fait divers, c’est une interpellation, et un cas à prendre très au sérieux, justice doit être fait non seulement pour cette entreprise pourvoyeur d’emploi mais aussi pour toutes ces entreprises qui peinent à prendre leurs envols par cette manœuvre de plusieurs institutions financières. Elles doivent comprendre qu’elles ne sont pas des prédateurs, mais des partenaires de croissance.
La justice doit faire son introspection. Les notifications du Korag ne doivent pas rester des lettres mortes, mais servir de déclic pour un assainissement profond.
Sidkeita termine en disant qu’il est impossible de bâtir une économie forte sur des arrangements de couloir ou des contrats léonins. On la bâtit sur la confiance, la protection de l’investissement et une justice qui, loin d’être un luxe pour puissants, est le bouclier du plus faible.
L’heure n’est plus seulement à la dénonciation, mais à l’agir. Nous croyons en la justice Burkinabè comme nous croyons que le droit sera dit pour ces entreprises qui ne réclament que justice.











