Anicet EKANE, figure emblématique de la gauche nationaliste camerounaise, s’est éteint ce lundi matin à l’âge de 73 ans alors qu’il était toujours détenu à Yaoundé. Son avocat, Emmanuel SIMH, a confirmé la nouvelle, précisant que la mort est survenue alors que son client se trouvait encore sous le contrôle des autorités. À ce stade, aucune information claire n’a été fournie sur les circonstances exactes du décès.
L’arrestation d’EKANE remontait au 24 octobre 2025, soit une dizaine de jours après l’élection présidentielle du 12 octobre. Durant cette période politique particulièrement tendue, il avait affiché son soutien à l’opposant Issa TCHIROMA BAKARY. Cette prise de position publique avait été interprétée par le pouvoir en place comme une incitation à l’insurrection, ce qui avait entraîné son arrestation puis son placement en détention au Secrétariat d’État à la Défense, un lieu souvent critiqué par les organisations de défense des droits humains.
Au fil de sa détention, des alertes répétées avaient été lancées par son parti, le MANIDEM. Ses proches dénonçaient notamment la confiscation d’équipements médicaux indispensables à sa survie, parmi lesquels un extracteur d’oxygène qui se trouvait dans son véhicule saisi par les forces de sécurité. Le parti avait qualifié cette situation de « extrêmement périlleuse » pour l’état de santé déjà fragile de son leader.

Anicet EKANE n’était pas un acteur politique ordinaire : héritier des traditions indépendantistes, militant infatigable depuis les années 1990 les fameuses « années de braise » il avait consacré sa vie à la défense de la souveraineté nationale, du pluralisme politique et du projet d’une gauche authentiquement camerounaise. À la tête du MANIDEM depuis de nombreuses années, il incarnait une voix constante de contestation, respectée même par ses adversaires pour sa cohérence idéologique.
Son décès en détention ravive aujourd’hui un débat déjà ancien, celui du traitement réservé aux prisonniers politiques au Cameroun. Il soulève également des questions pressantes sur les conditions de détention, la transparence des autorités et le respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté.











