Chaque semaine, African Identities vous emmène à la rencontre des lieux, des symboles et des figures qui façonnent le visage de l’Afrique contemporaine. Des espaces où l’histoire dialogue avec l’avenir, où les mémoires se transmettent et se réinventent. Cette semaine, cap sur Ouagadougou, au cœur du Burkina Faso, sur les traces d’un homme devenu mythe : Thomas Sankara.
Un monument pour une mémoire vivante

Sous le ciel incandescent de Ouagadougou, une silhouette de bronze domine la plaine ; poing levé, regard droit, visage tourné vers l’horizon. C’est celle de Thomas Sankara, Président du Burkina Faso de 1983 à 1987, figure emblématique du panafricanisme et de la révolution sociale. Inauguré en 2021, le Mémorial Thomas Sankara dépasse le simple hommage monumental. Érigé sur le lieu même où il fut assassiné, au Conseil de l’Entente, il est devenu un espace de mémoire, de réflexion et de transmission. Ici, la douleur du passé se transforme en espérance, et l’idéal sankariste continue d’inspirer ceux qui rêvent d’une Afrique libre, digne et unie.
Les racines d’un projet mémoriel africain

Longtemps espéré, le mémorial est né d’un élan collectif des autorités, celui d’un peuple, d’artistes et de bâtisseurs décidés à réhabiliter Sankara dans la conscience nationale. Pendant des décennies, le silence entourant sa mort avait étouffé sa mémoire. La construction du site vient donc combler ce vide, réinstallant le “Capitaine du peuple” au centre de l’histoire burkinabè. Conçu par des architectes et sculpteurs Burkinabè et africains, le mémorial associe statue monumentale, musée, et une salle d’exposition. Chaque pierre, chaque courbe y raconte une part de son message : foi en la jeunesse, indépendance économique, courage politique. Ce projet, symbolise aussi un mouvement plus large, celui d’une reconquête de la mémoire africaine par les Africains eux-mêmes.
Thomas Sankara : un héritage qui respire encore

Thomas Sankara n’était pas seulement un dirigeant d’État ; il était un horizon moral et intellectuel. En quatre ans de gouvernance, il a transformé les fondations du Burkina Faso : réforme agraire, alphabétisation, émancipation des femmes, lutte contre la corruption, production locale, autosuffisance alimentaire. Son appel à “oser inventer l’avenir” résonne aujourd’hui plus fort que jamais dans un continent en quête d’intégrité politique. Le Mémorial n’est donc pas une relique, mais une conversation vivante entre le passé et le futur, un lieu où la mémoire devient moteur d’action.
L’architecture : la force du symbole

Sobre et puissante, l’architecture du mémorial s’impose par sa clarté symbolique. A l’entrée du mémorial, la statue de Sankara, haute de plus de cinq mètres où convergent les visiteurs. À ses pieds, tout autour de la statue se trouvent les images de ses douze compagnons.
Un espace d’éducation et de transmission

Le Mémorial Thomas Sankara n’est pas qu’un lieu de recueillement ; c’est aussi une école à ciel ouvert. Des enfants, des étudiants, des visiteurs venus d’Afrique et d’ailleurs y découvrent, à travers expositions et témoignages, les idéaux de la Révolution burkinabè. Ce travail de mémoire dépasse les frontières. Il parle d’un combat universel pour la justice, la dignité et la responsabilité citoyenne. Le mémorial devient ainsi un pont entre générations, un espace où l’on apprend à se connaître soi-même à travers l’histoire de ses héros
Le mausolée Sankara

Le 17 mai 2025, une nouvelle page s’est ouverte avec l’inauguration du mausolée de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, en présence de nombreuses personnalités africaines, dont les Premiers ministres du Burkina Faso, du Sénégal et du Tchad. Construit sur le lieu même de leur assassinat, le mausolée offre enfin une sépulture digne et un espace de paix à ceux qui sont tombés pour leurs idéaux. Il constitue la première phase d’un vaste projet de quatorze hectares qui comprendra, entre autres, une tour de 87 mètres, une Maison des mémoires, un musée, une bibliothèque, une salle polyvalente et un parc Thomas-Sankara. Ce chantier vise à faire du site un centre panafricain de mémoire, de culture et d’innovation.

Ma brique pour Sankara

Parmi les initiatives qui ont façonné le projet, “Ma brique pour Sankara” occupe une place à part. Lancée pour impliquer chaque citoyen dans la construction du mémorial, cette campagne participative permet à des milliers de Burkinabè et même de la diaspora de contribuer symboliquement à l’édifice, en achetant ou en finançant une brique.
Le cérémonial du premier jeudi : un hommage régulier et national

Le gouvernement burkinabè a institué un cérémonial militaire d’hommages à Thomas Sankara et à ses compagnons, le 15 octobre 2025, célébré chaque premier jeudi du mois. Autour du mémorial, responsables, citoyens, militaires, jeunes et anciens se rassemblent pour déposer des gerbes, chanter l’hymne national et réaffirmer les valeurs sankaristes : intégrité, solidarité, patriotisme. Ce rituel mensuel inscrit la mémoire de Sankara dans le rythme du pays. Il rappelle que son héritage ne se limite pas à l’histoire, mais continue de guider les consciences et les engagements quotidiens.
Un carrefour des identités africaines

Chaque année, des visiteurs viennent de l’Afrique et des autres continents s’y recueillent. Le Mémorial Sankara est devenu un symbole du panafricanisme contemporain, un lieu où les nations et les générations se rencontrent. À l’heure où les peuples africains réclament la maîtrise de leur récit, ce monument rappelle que l’identité africaine se construit dans la mémoire autant que dans le mouvement.
La mémoire comme promesse d’avenir

Le Mémorial Thomas Sankara n’est pas un lieu de nostalgie, mais une promesse de futur. Il enseigne que la dignité, la solidarité et l’intégrité ne sont pas des idéaux lointains, mais des choix possibles, ici et maintenant.Quand le soleil se couche sur la statue de bronze, on imagine sa voix résonner encore :
« La patrie ou la mort, nous vaincrons. »











