Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée se sont fortement détériorées ces derniers mois, ravivant une rivalité ancienne entre les deux pays de la Corne de l’Afrique. Cette crispation diplomatique s’inscrit dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes à l’intérieur du territoire éthiopien.
C’est dans ce climat que les autorités éthiopiennes affirment avoir intercepté une importante cargaison de munitions destinée à des groupes armés opérant dans la région d’Amhara. Selon la police fédérale, plus de 56 000 cartouches, transportées dans un camion, auraient été envoyées depuis l’Érythrée pour soutenir les Fano, un mouvement militant entré en rébellion contre le gouvernement fédéral en 2023.
La police précise que la cargaison aurait transité par la région du Tigré avec l’appui du Front populaire de libération du Tigré (TPLF). Une accusation vigoureusement rejetée par le mouvement tigréen. Son vice-président, Amanuel Assefa, dénonce des allégations « infondées » et estime que le pouvoir fédéral chercherait à fragiliser l’accord de Pretoria ayant mis fin à la guerre de 2020-2022.
Dès le mois d’octobre, Addis-Abeba avait déjà accusé Asmara de tenter de déstabiliser le pays par le financement et l’armement de groupes rebelles, notamment en Amhara. À l’époque, l’Érythrée avait balayé ces accusations, les qualifiant de manœuvres destinées à masquer des difficultés internes.
Les autorités érythréennes maintiennent cette ligne de défense. Le ministre de l’Information, Yemane Ghebremeskel, affirme que l’Éthiopie invoque de « faux prétextes » pour justifier une confrontation militaire qu’elle envisagerait depuis plusieurs années. Dans le même sens, le président Isaias Afwerki a déclaré récemment à la télévision nationale que le parti au pouvoir à Addis-Abeba avait, selon lui, « déclaré la guerre ».
L’histoire entre les deux pays demeure lourde de contentieux. Indépendante depuis 1993, l’Érythrée a affronté l’Éthiopie lors d’une guerre frontalière meurtrière entre 1998 et 2000. Si un rapprochement avait été amorcé à l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed une initiative saluée par le prix Nobel de la paix en 2019 cette entente s’est effritée après la guerre contre les forces tigréennes, notamment en raison de l’exclusion d’Asmara de l’accord de paix.











