Lundi, dans la commune de Lamurde, au cœur de l’État d’Adamawa (nord-est du Nigeria), une manifestation de femmes a tourné au drame. Neuf d’entre elles ont perdu la vie et une dizaine de personnes ont été blessées par balles dans un contexte marqué par de fortes tensions communautaires.
Le drame est survenu alors qu’un couvre-feu avait été instauré dans la localité. Depuis plusieurs semaines, Lamurde est secouée par des affrontements répétés entre les communautés Bachama et Chobo, en conflit autour de terres contestées. Les manifestantes réclamaient une intervention plus ferme des forces de sécurité, qu’elles accusent de ne pas suffisamment faire respecter les restrictions et de laisser les violences se poursuivre.
Parmi les habitants endeuillés, Gyele Kennedy, père d’une des victimes, décrit une scène de chaos :
« Nous ne comprenons toujours pas. Les soldats sont arrivés, un d’eux a tiré en l’air, puis ils ont commencé à tirer sur les femmes. »
Plusieurs témoins corroborent cette version, affirmant que les militaires ont ouvert le feu après avoir été empêchés de poursuivre leur route par les manifestantes.
Les conclusions d’Amnesty International Nigeria s’alignent sur les témoignages des familles. Selon l’organisation, les tirs mortels proviennent bien de soldats déployés dans la zone. Son directeur, Isa Sanusi, dénonce un nouvel épisode d’« atteinte grave et persistante aux droits humains » et pointe du doigt le manque de respect de l’armée nigériane pour les règles d’engagement.
La réaction des autorités militaires contraste avec les accusations. L’armée affirme que ses soldats ne sont pas responsables de la fusillade ayant tué les femmes. Selon elle, les tirs entendus dans Lamurde proviendraient d’une milice locale opérant « dans un autre secteur » et ayant procédé à une « manipulation non professionnelle d’armes automatiques ».
Les ONG rappellent que l’usage disproportionné de la force par les militaires n’est pas un phénomène isolé au Nigeria. À plusieurs reprises, les forces déployées dans les zones de tensions ont été mises en cause pour des interventions brutales, notamment lors de manifestations civiles.
Amnesty International exige l’ouverture d’une enquête indépendante, afin d’identifier les responsables et de garantir que justice soit rendue aux familles.











